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Feuilleter Attaques#3

jeudi 3 juin 2021, par Ahmed Slama

Dense et serré, Attaques collectives, Attaques-collectif, internationaliste surtout, provinces du Mexique, Algérie, Soudan, Tunisie et j’en passe. Bien sûr, l’exhaustivité, pas possible, on peut que tendre vers elle. Côté genre — ou sexe [1] représentation égale, suffit de parcourir la couv’-sommaire. Et pas forcément que des auteur·ices, des collectifs, aussi.

Ce qu’il y a de fascinant à se retrouver, soi, dans un tel pavé — masse et projectile — c’est aller voir-lire les voisin·es. On est d’accord (ou pas), l’essentiel c’est que ça vive, (se) bouge et morde.

Feuilleter ce ATTAQUES#3 avec vous, pourquoi pas ? parler de certain·es, de leurs textes, bien sûr, pas possible d’être complet avec plus 500 pages. Y a forcément, dans mes évocations, un choix, affectif, mû par le hasard, aussi... J’ouvre, feuillette,

Premier arrêt :

Seloua Luste Boulbina et sa magistrale analyse autour de la spoliation d’objets d’Art (culturels et cultuels) par les institutions Françaises, mais surtout les discours que portent différent·es acteur·ices ("intellectuel·les" ou représentant·es d’institutions) au sujet de ces objets, de ces spoliations.

« Après les indépendances, restent à décoloniser non seulement les musées et l’histoire des « vainqueurs » mais aussi les chercheurs européens qui croient que la décolonisation est terminée quand elle à accomplir. »[p.54]

Fascinante la manière dont Seloua Luste Boulbina nous donne à voir ce qu’est une œuvre, le lien qu’elle entretient avec son énonciation, son histoire, une œuvre n’est pas simplement une « décoration ».
« 
Les "masques" Kurumba par exemple, ne peuvent être sculptés qu’entre le décès d’un chef de famille à un âge avancé — autrement dit la disparition de quelqu’un — et les cérémonies funéraires. Il est destiné à être habité par l’âme du défunt et devient donc son représentant matériel. Ainsi sacralisé, on peut l’interroger. C’est au temps de leur usage que ces masques ont été saisis par les Européens. C’est, peut-être, en raison même de leur fonction, car était-elle ignorée ? Leur collection a plongé tous ces êtres dans l’anonymat puisqu’ils ne renvoient plus à personne en particulier. » [p.53]

Deuxième arrêt :

Florence Malfatto nous donne à lire et à comprendre la poésie des peuples « originaires » :

« une poésie de résistance, revendiquant par elle-même son appartenance à un langage non colonisé, c’est-à-dire un langage tentant de se libérer des déterminations d’ordre social, politique, esthétique, économique, imposées depuis plus de quelques cinq cent ans, et continuent de l’être. »[p.98]

troisième arrêt :

Nicolas Vermeulin et sa métamorphose, Occupé ; occupation des espaces, du temps, ça (se) déroule, à la verticale...

« coin de pièce
recroquevillé
le mouvement du doigt sur la plinthe
dessiner une montagne
à battre son cœur
compter les espaces
entre le temps
son visage
le parfum revenir
d’une couleur favorite
la première année
à repeindre les murs de la chambre
et d’un coup
éclair vacarme
nos bouches ouvertes
sortir sourds de poussière
mains tremblantes
la trace claire des larmes »
[p.253]

Quatrième arrêt :

Les Notes d’audience d’Éléonore Léger [2] prises « au tribunal de Bobigny lors du procès de DS, le policier qui avait tué d’une balle dans le dos Amine Bentounsi à Noisy-le-Sec le 21 avril 2012. »

Notes aériennes, quelques mots suffisent à esquisser le déroulement du procès. Phrases simples, adjectifs rares, des vers qui portent le strict nécessaire, cette légèreté scripturale du poème qui tranche avec la machinerie judiciaire et ses lourdeurs, avec la gravité de la situation. L’essentiel et le détail sont pourtant saisis, c’est aussi ça, la poésie, le poème et l’écrit ; la condensation sobre.

« Place Jeanne d’Arc
Contrôle vérifier s’il s’agit bien de la personne qui est recherchée
Très vite la personne se dérobe au contrôle et s’enfuit
DS voit que ce qui se passe. Contrôle ne peut pas se faire puisque la personne
s’enfuit.
Reprend la voiture, fait le tour par la rue du Fort pour interpeller
(...)
Il croit pouvoir l’interpeller mais Amine contourne le véhicule et s’enfuit
(...)
DS sort du véhicule et poursuit à pied difficile parce qu’Abribus et voitures
Au carrefour, il aperçoit Amine, ils sont chacun d’un côté
Le positionnement de DS semble évident trouve côté gauche
17 mètres considérations techniques
Pas les douilles qui peuvent aider, on ne sait pas si elles ont été déplacées. »
p.387

Y aurait encore pas mal à feuilleter, Footage de Liliane Giraudon[[dont je vous ai parlé ici].] ou la [conférence] de Sylvain Courtoux Comment devenir un grand poète, à la fois drôle (caustique) et sérieuse qui analyse la manière et les stratégies dont usent certaines poétes·ses pour parvenir à capter de la valeur symbolique. J’aurais également pu parler de la condensation langagière de Justin Delareux avec Amorces.

... ou enfin, d’un certain Ahmed Slama et du Poème n’est rien,
pour une autre fois, peut-être...


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À écouter : Un extrait lu et la chronique de Nikola Delescluse [Paludes]

À lire : La critique de Fabrice Thumerel [Libr-critique], celle Marc Verlynde [La Vuidité] et celle d’Hughes Robert [Blog de la librairie Charybde]


[1En tant que construction sociale

[2dont il faut également saluer le travail de relecture.

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