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Célés-FIN

lundi 28 juin 2021, par Ahmed Slama

Y revenir, ponctuellement. Une fois l’an ? un peu moins. J’y suis passé, décembre dernier ; c’était pour cette histoire de papiers dont la page semble, aujourd’hui, durablement tournée. Encore une affaire administrative qui m’y (r)amène – à Avignon –, mais pas que…

4h30. Douche sans laquelle pas de réveil. Habits, sac – préparé la veille – sur le dos ; départ. Quelques pas dans la nuit qui tire vers sa fin, rues désertes et chants d’oiseaux. Sans bruits urbains, leurs trilles fendillent l’air stagnant. Abribus, attente, Noctilien 16, son ultime tournée, ça se sent, on le sent direct à la conduite, hâte du chauffeur d’en finir avec le service. Ça tangue dans le bus bondé, secoue le mélange détonnant, les rencontres incongrues ; corps marqués de soulagement fatigué, achèvement, fin de ce temps où on se donne à l’exploitation ; celleux dont la journée débute, corps emplis d’énergie anxieuse, parce que pas à elleux cette substance, les heures qui suivront, leurs corps s’en videront, elleux en feront offrande contre rémunération... au milieu de tout ça, des valises et des sacs, des femmes et des hommes qui, comme moi, sont là pour le voyage.

5h30. Gare de Lyon. Ça tourne déjà, manutention et services. Remplir les échoppes, répondre aux commandes ; le café ici, le croissant là-bas. Du cash ou l’immatériel de la carte bancaire. Réduire le temps de la transaction, plus une question de sensation que de temps. Amoindrir, le plus possible, la sensation du paiement, déjà les billets portent en eux une valeur, mais que du papier, avec la carte bancaire et son code composé, un autre pas franchi, là, juste la passer, la carte, on le sent pas le paiement, on la perçoit pas la circulation constante et permanente de l’abstraction même ; l’argent. À côté des quais, contrôle des billets et soit-disant sécurité, elle est où la sécurité pour les endormi·es des bancs, les ai connus ces sommeils précaires Gare de Lyon.

6h00. Départ, sommeil, certains mots, lus plus haut, ont été griffonnés sur la tablette escamotable fichée sur le dossier du siège ci-devant, quelques heures plus tard, après 9 heures et l’arrivée à Avignon, sur la table d’un café, je les reprendrai, après la marche ahurie par les rues, la découverte des nuances qui se sont surajoutées, me laissant entraîner par les détails les plus saillants, absents de ma mémoire, des images, restées ancrées, de la ville.

Quand nous sommes habitant·es, on ne les remarque pas toujours ces altérations infimes ; dalles que les changements de température ont commencé d’ébrécher, les craquelures creusant progressivement leur sillon ou le noircissement d’un façade, jour après jour, de certaines façades, on voit pas tout ça, on y est dedans, dans la vie du décor. Quand on revient de loin et qu’on y a pas été (dans la ville) depuis un certain temps, ça saute direct aux yeux. 9H30 le premier parcours de la ville achevé, on veut revenir à ses habitudes. Au café connu, Les Célestins, pas ouvert . à cette heure – 10 heures – Les Célestins ? Tous ces mots que j’y ai pianoté… fermé, Les Célestins ?

– Ouais, ils y ont pas survécu au covid, ça fait longtemps que vous êtes pas revenu à Avignon, non ?

qu’on m’apprend,

C’est aussi ça, le retour (même temporaire) on revit aussi les évènements ratés.


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À écouter : Un extrait lu et la chronique de Nikola Delescluse [Paludes]

À voir/écouter : Un extrait lu du côté du Service Presse de François Bon

À lire : La critique de Fabrice Thumerel [Libr-critique], celle Marc Verlynde [La Vuidité] et celle d’Hughes Robert [Blog de la librairie Charybde]

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