Journal

Accueil > Positionnements critiques : > Pour une littérature et des livres bio’s

Pour une littérature et des livres bio’s

jeudi 17 mars 2022, par Ahmed Slama

Considérer l’écriture – ou toute production intellectuelle ou artistique – comme une nourriture de l’esprit est un stéréotype assez vieux pour qu’on n’ait pas la peine de s’attarder dessus. Un cliché qui concerne même la langue ; quand Joachim Du Bellay écrit son Deffence et Illustration de la langue francoyse en 1549, manifeste visant à encourager les écrivains à utiliser la langue française, dans cette optique, Du Bellay, en bon représentant de la Renaissance, prône une imitation des auteurs grecs et latins, et use déjà de la métaphore culinaire ; dévorer les auteurs latins & grecs, les digérer, puis… non, il ne file pas la métaphore jusque-là, il parle de les convertir en nourriture…

« immitant les meilleurs aucteurs Grecz, se transformant en eux, les devorant, & apres les avoir bien digerez, les convertissant en sang et nouriture… » [1]

Dans le prolongement de cette tradition, celle de la métaphore culinaire, en l’alliant à des préoccupations actuelles, à savoir le circuit-court, l’agriculture bio’, sans pesticide, une agriculture qui rétribuerait au mieux les producteur·ices, celles et ceux qui sont à la base même de ces productions agricoles, ainsi pourrions-nous parler de littérature bio’ [2]

Hier un·e twittos reprenant l’éreintage que nous avons fait du Voyant D’Étampes d’Abel Quentinsignalait qu’il avait fait partie du goncourt [3]des lycéen·nes, que « 6 exemplaires du livre [se trouvent] au CDI. Aucun élève ne l’a vraiment lu, personne ne s’en souviendra l’an prochain et probablement aucun élève n’aura jamais envie de le lire. Activité papier-maché en perspective. »

Je vous invite à lire l’ensemble du fil :

« Activité papier-maché » ; je ne l’aurais pas mieux formulé. Et si pour les CDI, comme pour les cantines, et si pou les bibliothèques, comme pour nombre de cantines municipales, on privilégiait la littérature bio’, pas seulement celle promue dans et par le circuit médiatique de la valorisation de la valeur… un pas, un premier pas vers de la diversité du livre.


Soutenez l’auteur (et le site) en achetant Marche-Frontière disponible dans toutes les bonnes libraires ou directement sur le site des éditions publie‧net

À lire : La critique de Gilles Magniont dans Le Matricule des anges de mai 2021, celles de Fabrice Thumerel et Germain Tramier [Libr-critique], celle Marc Verlynde [La Vuidité] et celle d’Hughes Robert [Blog de la librairie Charybde], sans oublier celle de Guylian Dai pour [Algérie Emergence]

À écouter : Un extrait lu et la chronique de Nikola Delescluse [Paludes]

À voir/écouter : Un extrait lu du côté du Service Presse de François Bon


[1Joachim du Bellay, Deffence et Illustration de la langue francoyse, Henri Chamard (éd. crit.), Paris, Librairie Marcel Didier, 1970, p.42.

[2littérature dans son sens le plus large, littérature qui comprendrait également l’essai, et non pas seulement la fumeuse triade, roman, théâtre, poésie.

[3L’absence de majuscules est volontaire.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?