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Trépied éthique

mercredi 20 mai 2020, par Ahmed Slama

Un livre à piocher dans la bibliothèque personnelle, l’étendoir à linge déplacer un شويّ [chouïa], juste derrière, masqué par la masse textile humide, le pied de l’appareil photo s’casse la gueule, ou plutôt la poignée là, qu’on visse et dévisse de la paume, pression droite ou gauche, y regarde de plus près, y a pas à dire, du beau ! pile dessus la chute, de l’orfèvrerie ! brisure nette et sans bavure. Ni raccommodage ou rafistole possible. Plus qu’à regarder du côté du boncoin, parce que forcément pas les moyens pour du neuf ; j’ passe en revue les annonces, comme au temps où j’y bossais, au boncoin, modérateur d’annonces, ç’avait duré un an, un peu plus du côté de La Garenne Colombes, juste en face du building fluide et massif marqué Areva, en bonne compagnie, que j’étais. En voilà, un, un bon trépied, Cherry, en alliage, hauteur max. 1m77. Je prends, ou plutôt j’appelle. Pas de réponse. Laisse un message vocal que je double d’un message tout en caresses sur l’écran tactile. Si annonce toujours dispo ; quand et où possibilité de récupérer l’objet ? Réponse qui tombe. Demain, midi, Balard. Balard ? Pas possible plus près ? République ? Non, Balard. Et tout ça juste par SMS, pas de voix. ’ai tenté de l’appeler trois, quatre fois, jamais il répond. Louche. Pour ces échanges, petites annonces, toujours eu la préférence de la voix, l’entendre, l’écouter, la voix, les intonations, savoir à qui on a affaire – c’est le mot. Rapport peut-être aussi avec mon aisance au téléphone, ces semaines, mois, écoulés du côté des centres d’appel, Algérie. Moi et mon accent, ça passait crème comme ils disaient, ça faisait vraiment français et pas délocalisé. Bref, pas possible de discuter de vive voix, ni négocier le lieu de rendez-vous. Suspect. J’accepte quand même. Demain, midi, Balard, et on en finit avec le trépied.

Reprise du métro donc, masque de circonstance. Reprends, au fond du larefeuille – comprendre portefeuille – un ticket, ça passe pas, démagnétisé, sûrement. Guichet, échange ? c’est non ! l’agente qui m’apprend, consigne d’en haut on fait plus ça, pour le moment, mais passez, je vous ouvre ! Astuce donc ! pour vous franciliennes et franciliens, voilà comment voyager gratos en ces temps ! Découverte par hasard, je vous la passe l’astuce,’me la joue Jules Van du pauvre, école de la resquille, et pour du vrai du grand Jules Van allez cliquer tout en bas, c’est cadeau, régalez-vous ! sinon en y repensant à l’immense Jules, c’est une sorte de pionnier du hack, à sa manière, l’éthique du hackeur ! pas dit morale, mais éthique ! Beaucoup en font (abusivement) des synonymes, et pourtant la morale est à l’éthique ce que la pub’ est à la philo, du pus, la première réfléchit en Bien et Mal, la seconde, en bon et mauvais, tout à fait relatif, le bon et le mauvais, pas d’essence, pas d’ontologie, dépend du contexte le bon et le mauvais, la resquille, le vol, la violence, l’action violente !

11 heures, pas de monde, ça glisse dans les rames, fluide, un siège sur deux, ça change pas de d’hab’ – en dehors des heures de pointe, s’entend. On en a la possibilité, on s’évite à ces heures. À l’aise. On le remplit l’espace, tant qu’on peut. À son aise. Pas de ça maintenant. Le vide engouffre tout. Ça se recroqueville, ici ou là. Pression invisible qui pousse les gens contre les parois de la rame, fascinant ! Et pas de visages. Masques et masques. Juste les pub’ qu’ont pas de masques. Fascination aussi pour les masques jetables, grande majorité. Station Rue des boulets, ce monsieur avec béquille qui se pose, avec une liasse de masques qui dépasse de sa poche. Sinon, ça glisse, rapide, moins de stations desservies, forcément ça accélère la cadence, déjà Bonne Nouvelle. Changement vers la 8. Balard. Ça reprend. Plus l’espace des rames neuves de la 9, plus étroite la 8, et puis tout au fond ce carré où on se cale, les deux rangées de trois sièges. ‘m’y mets. Encore et toujours ces pub’, ça nargue, nous nargue sans masques. ‘essaye de lire, étrange, de la buée, buée sur mes lunettes, ‘sais pas remuer les lèvres, moi, ‘sais pas lire sans le souffle et le son, même faible le son. Du coup, avec masque, le souffle condensé qui remonte. Buée sur mes binocles. Referme, peux pas lire. Caresses sur l’écran tactile. Ça défile vertical, tandis que la grappe de stations file rapide. Envoie message, je serai en avance de dix minutes. Réponse, « ok ». Balard. ’Savais pas que c’est là que se trouvait le ministère des parasites tueurs, si y a bien virus, c’est bien du côté de Balard, ministère de la Défense. Message. Je suis devant la LCL. Crédit Lyonnais. Tapie. Me méfie. Mais non, scooter, le gars bonne pâte ! pas de voix, ou si peu, donc pas de contacte au tél, voix amuïe par les clopes enfilées qu’il me dit. Sinon le trépied, il est nickel, t’entends (il le tapote du poing) du solide ! et p’is livré avec la housse !

Trois billets. Un pour chaque pied. J’embarque le trépied. Autour, place Balard, rapide ballade à Balard, avant de repartir aussi sec. Un peu d’air, à étouffement du métro, l’habituel, bien sûr et qui se double de celui du masque. En parlant de ça, tranquille du côté du XVème, pas de masques ou si peu. Et Les espacements, tranquilles. Puisque de toute manière, il y en a de l’espace, pas la peine de s’astreindre aux espacements – je dis espacement pour distanciation – puisque on a les moyens d’avoir de l’espace. Comprendre, pas ou peu de surpopulation. Sur ce, je repasse devant le guichet, haussement devant l’agente au guichet, c’est démagnétisé ! Bip, ouverture de la lourde, puisque je vous dis que ça marche !

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