Journal

Accueil > Le quotidien : > Retournant vers Kashgar

Retournant vers Kashgar

vendredi 31 juillet 2020, par Ahmed Slama

Poème de Tahir Hamut, poète ouïghour, traduit à partir de la traduction (anglaise) de Joshua L. Freeman. Disponible en bas de page, en document joint.

Retournant vers Kashgar

Mystérieuses, inconnues, je vois les figures de Kashgar
et je frémis de la terreur des nuits formidables.
Filles mariées, amis décédés, un printemps sec.
Les yeux sont une pincée de terre disparue du pays :
une télévision, de la moxorka*, une chaussette sale, l’original d’une traduction.
Le pont vert et le marché de primeurs, vagues dans ma mémoire,
étalé de tout mon long, comme un invertébré,
mon estomac a faim, mon visage est noir, mon cœur vide !
Mais loin de Ürümqi, elle mâche une pierre glacée,
ses yeux et son visage sont humides ; le péché devant elle, et Dieu derrière.
Une fumée claire s’élève d’un gruau sucré, fait de semoule de maïs,
moineaux qui avancent lentement, longent les lignes électriques,
Dans le ciel bas, une lourdeur effrayante
a découragé anciens, jeunes entêtés et enfants enthousiastes,
en trois ans simplement tous et toutes sont devenus vieux et laids.
Kashgar, c’est cette fraction qui sépare le cil du sourcil,
le papier colle à la face du soleil, encre noire, éternelle,
une vieille blessure purulente, amour pathétique.

Mais toi
tu as saisi le vent, tu l’as roulé en boule et jeté au ciel,
puis tu m’as regardé,
depuis ce trou, de la taille d’une pièce, la pluie coulait sur nos pensées.

*Moxorka, du russe (makhorka), est une substance faite de feuilles et de tiges de tabac, séchées puis écrasées. Bien moins chère, mais plus forte que les cigarettes produites dans le commerce, elle est largement fumée au sein les communautés ouïghoures du Xinjiang, souvent roulée dans de vieux journaux.

Tahir Hamut, mars 1998, Kashgar.

Tahir Hamut est né en 1969 dans une petite ville près de Kashgar, au sud-ouest de la région autonome Ouïghoure du Xinjiang en Chine. Il a publié son premier poème en 1986 et a depuis été reconnu comme l’un des plus grands poètes modernistes écrivant en Ouïghour. Sa poésie a été traduite du côté de Crazy Horse, Berkeley Poetry Review et Off the Coast. Depuis la fin des années 90, il travaille comme réalisateur et a fondé sa propre société de production Izgil, spécialisée dans les documentaires, les publicités et les vidéoclips. Il vit à Ürümchi, la capitale du Xinjiang avec sa femme et ses deux filles.

titre documents joints

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?