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Sexe et domination

mardi 29 septembre 2020, par Ahmed Slama

Ces jours derniers, retour à l’écriture au long cours. Besoin de projection, de minutie de la relecture, de l’orfèvrerie dans l’agencement des lettres. Scruter la phrase, sa construction, le mot, la moindre lettre ou ponctuation, rien à voir, ou si peu à voir avec ces textes écrits au jour le jour, pianotés en… (bon, là, j’ai commencé à 7 heures 30, on verra d’ici au point final) puis lancés, comme ça, des pavés.

… c’était samedi, j’avais attaqué la page blanche simulée à l’écran, pas encore de l’écriture, à mon sens. Ce moment, c’est juste du traçage, on trace des lignes et on trace droit devant, le but étant de bien se lancer, avec une idée directrice et sans plan, accumuler assez de matière pour se projeter, au long cours, et que surtout ce geste, ce déclenchement ne tourne pas court, pour qu’on puisse attaquer la deuxième phase, celle qui, à mon sens, fait écriture (d’autres diraient littérarité) retour sur les mots, les phrases, leur agencement, virer celui-la ou celle-la couper là, ajouter une ponctuation. Et pour ce texte à venir, donc, ma ligne directrice c’était, c’est encore : sexe, domination et travail / travail, sexe et domination / domination, sexe et travail ?

Samedi après-midi, table, café, terrasse avec déjà l’écharpe et le manteau sortis, clope électronique et café, définitivement dépendant de la nicotine, pas pu, ‘peux plus faire autrement que d’en ingurgiter, sinon pas ou très peu d’activités, et à l’écran ça défile, pas mal de lignes déjà accumulées, on en était à trois pages, assez de matière avec laquelle jouer ; sexe et domination masculine,

Une centaine de lignes, un sprint, on respire, on remonte à la première tout en inspirant une bonne bouffée de clope électronique, on était coupé de l’atmosphère à l’entour, celle du samedi après-midi, des deux gus, deux tables derrière, discussion animée, on veut se changer les idées en attendant de commencer la lecture, éprouvant ce que l’on vient de commettre, enfin d’écrire, y a cette phrase qui (me) parvient :

– moi, ma meuf je lui demande de me lécher les couilles, elle veut jamais.
– c’est pas cool, ça…
– après elle se plaint que j’aille voir ailleurs,

et ça continue un bon quart-d’heure sur ce mode-la, étrange résonance avec les phrases esquissées, à un mètre et une demi-heure plus tôt, début du remaniement de l’écrit, l’ouïe dressée :

– c’est comme ça les femmes ça veut être libre, mais elles sont pas libérées, tu comprends ?
– ouais, au lieu de nous combattre, elle devrait s’inspire de nous,

… étrange résonance avec les phrases que j’avais écrites, que je commençais alors de modifier, ça décrivait cet homme – un moi, pas vraiment moi ou plutôt, comme je procède toujours, un pas moi dont l’existence et les expériences différeraient sur quelques points des miennes afin de non pas raconter l’histoire, ou la biographie (ça on s’en fout !) mais restituer l’expérience, sensations et manière d’être, manière d’éprouver le monde à l’entour – cet homme qui toujours gêné quand il se trouve au milieu d’une assemblée d’hommes, embarrassé quand on parle sexe, soit avec des français·e ou plus largement des européen·es : cette ostentation dans l’évocation du sexe, soit avec certain·es nords-africain·es ou africain·es certes plus réservé·es, mais donnantégalement cette conception malaisante* ; sexe comme droit à la propriété, droit de s’approprier le corps d’UNE autre.

Bon j’arrête ici, regard sur l’heure, 8h 10, j’ai ma réponse, pour le texte d’aujourd’hui du moins. 40 minutes à écrire, un jet, et sans relecture, enfin une seule, pour les coquilles et autres erreurs, avant de publier puis partager.

* j’aime beaucoup ce néologisme, le malaise d’un côté, renforcé par ce suffixe« ant » lui conférant ampleur et profondeur.

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