Journal

Accueil > Le quotidien : > 13/12/2019

13/12/2019

vendredi 13 décembre 2019, par Ahmed Slama

… sur la brèche depuis quelques semaines déjà, deux territoires deux luttes, tapotant le clavier, tentant de garder une certaine cadence, je les entends, parlent toutes les deux, bavassent, et je ne peux m’empêcher de penser à un certain karma de classe, sur la terrasse d’un café, temps froid, et qui forme cet espace tout à fait singulier, intérieur-extérieur, nimbé d’une chaleur piètrement écologique ; le vent qui vient fouetter la bâche plastique translucide perlée de gouttes, oui, la contiguïté de deux espaces, ça recoupe mon sentiment actuel, brouhaha qui alterne selon le mouvement des clients, les deux femmes là-bas qui, manipulant le portable et reproduisant à leur manière le geste ancestral de la lecture du journal au café, leur terreur à l’évocation des femmes violées par certains conducteurs d’uber, c’est bon j’utiliserai plus ça pourquoi je me marre ? Moi, terré derrière mon combinateur, ce qui instinctivement à l’esprit c’est le karma de classe, ça m’amuse un instant cette idée que le non respect des droits sociaux élémentaires, de la manière dont on puisse profiter ainsi d’employés précarisés amène une sorte de châtiment, réflexe primaire de la pensée, un peu drôle, mais tout à fait idiot, manière presque d’extrapoler rendre la victime coupable, geste toujours efficient quand il s’agit des femmes, parce que ce soi-disant karma de classe, ça fonctionne en particulier pour les plus précaires, si elles ont été amenées à commander un uber, pas les moyens pour un taxi, et le noctilien pas sûr pour elles, je me marre malgré moi quand même, le karma de classe, c’est marrant, comme pour trouver une issue métaphysique aux injustices, qu’au fond il y aurait un juste retour des choses, mais non, ça se retourne immanquablement sur les franges les plus dominées, on a pas entendu parler d’un wasp détroussé par un chauffeur uber, non, je crois pas, toujours les franges les plus dominées qui trinquent, les femmes, les précaires, ça marche pas trop mon idée de karma de classe, retourne alors à mes préoccupations, à mes pianotages incessants, en Algérie, fini de sourire, ça emprisonne et matraque sec, en France la prime aux flics, je sais ce que ça fait que de donner carte blanche au sécuritaire, quand la police se mue en milice, non, faut pas compter sur le karma,

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?