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11/12/2019

mercredi 11 décembre 2019, par Ahmed Slama

Pas ému pour autant, ça pétarade de toute part, un peu habitué, je crois, même si pas pratiqué depuis quelques mois la manif, la seule, la vraie, et puis manifester à Lyon ça vous forme pour une vie, parce qu’à Lyon aux fafs policiers se surajoutent les civils, bon j’ai débarqué à Répu, le 5 décembre, ça avait déjà commencé du côté de Boulevard Magenta, les pétarades, les lacrymos et autres muselières à manifestation, ma tenue passe assez mal côté manifestants, pas de protections, visage bien visible et puis petites chaussures vert émeraude et manteau trois quarts de rigueur avec sur le coeur le carré rouge primordial, on le connaît le truisme révolution et dîner de gala ; mais, moi, je souffre d’une affection bien grave : le snobisme, bref, je suis à Répu en queue de cortège, du boulevard Magenta ça débarque, ça avance vers Répu, nous pousse vers l’intérieur, les têtes autour de moi, pas mal de masquées, se lèvent, je suis, le mouvement, tout en haut, dans une conter plongée digne du plus grand navet cinématographique quelques cadres ou que sais-je ou plutôt je veux même pas savoir qui brandissent, mines rigolardes, le smartphone dans notre direction, ça fera la chair de poule de la journée, la poilade de la machine à café, celle peut-être du gars effondré sur le caniveau, souffle coupé et entouré de street médic et qui vient d’inhaler du gaz lacrymo pour une vie, bon ça continue de pétarader, de reculer, pou rmoi, c’est réapprendre les gestes, pas courir, ne surtout pas courir, pas provoquer le mouvement de foule, me mets instinctivement à faire comme certain.es, reculer lentement et crier avec les autres, on court pas, on marche, on marche, se prendre au jeu doucement, lentement, pensée pour méditerranée – qu’est-ce que fous la méditerranée ici ? – flux et reflux, avancer reculer, se laisser au flux, reflux, oui, c’est ça, d’un coup un feu, quelques feux plutôt, un peu partout, dont un central, hypnotique, une bicyclette à algorithme qui crame avec pour la réconforter une trottinette qui crépite, bon pour la photo ça, bande d’alvéoles formées d’objectifs qui l’entoure, un temps et c’est reparti, re-pétarades, flux et reflux qui perd en force qui perd en espace et expansion, ceux d’en face qui en grappillent du terrain, ça sent plus la nasse à venir que les lacrymos jetés sans interruption, peut-être penser à bouger, pare qu’avec ma gueule, moi, et surtout mes papiers, pas la meilleure idée de rester, une pensée comme ça, peut-être que mon snobisme vestimentaire et ostentatoire est du à ça, non ? Ma gueule, mon corps, s’envelopper des oripeaux de la respectabilité pour compenser... on court pas, on court pas, grosse charge, ça cavale autour, un gros impact à quelques mètres je sais pas ce que c’est, douleur au mollet, un morceau, projectile, c’est pas la méditerranée, bon en direction d’Ober, ça se referme, faut y aller, boiter, traverser malgré le mur de barrage des lacrymos, on est deux trois à passer dans la brume lacrimale, quelques pas, tenir, s’affaler, une manifestante qui vient, hé ça va ? Et là sur un ton faussement niais, franchement, ils ont pas honte ces flics ? Ils arrosent même les gens qui sont pas dans la manif.

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